Budget Primitif 2020 – intervention Pascal Houbron

Conseil de la Métropole – 16 décembre

Monsieur le président,

Vous nous demandez de voter le dernier budget de la mandature, qui reprend dans ses grandes lignes les investissements que votre majorité a soutenu durant ces 6 années.

C’est donc également le moment de faire le bilan de ce mandat 2014 – 2020.

Le temps passe si vite qu’il donne le sentiment que l’ancien Président est déjà tombé dans les oubliettes et que notre métropole a entretenu sa réputation de « belle endormie ».

Si nous devions donner un seul mot qui caractérise Rouen Métropole aujourd’hui, il serait bien difficile spontanément de caractériser ce mandat, tant cette politique menée a été floue et sans ambition pour notre territoire.

Non pas que rien a été fait ; on peut saluer Cœur de Métropole qui a redonné une belle centralité à la ville-centre ; on peut saluer la prise en main des réseaux de chaleur ; on peut enfin saluer les nouvelles orientations liées à TIGA.

Mais dans de nombreux domaines liés à l’attractivité et au développement économique, nous sommes loin des territoires dynamiques qui sont en concurrence avec nous, en Normandie comme à l’extérieur.

Autant lorsque l’on cite la région Normandie, vient à l’esprit le vocable « conquérant » ; autant lorsque l’on parle de Toulouse, on a en tête l’aérospatiale, autant lorsque l’on mentionne Bordeaux, on envie la transformation des bords de la Garonne et les aménagements urbains… autant aucune image caractéristique et spécifique de la Métropole Rouen Normandie nous vient à l’esprit, sauf hélas l’accident catastrophique en terme d’image qui s’est produit cette année anéantissant les efforts entrepris lors de l’Armada !

Alors vous nous présenter aujourd’hui un budget de transition, dans la continuité des précédents, sans donner une première impulsion vers quoi nous devons tendre, c’est à dire une métropole dynamique, intelligente, solidaire, qui s’appuie sur toutes les forces vives de notre territoire pour élaborer un projet qui enthousiasme, qui donne envie et qui attire.

Pour revenir à la situation budgétaire de notre Métropole, vous conviendrez avec moi qu’elle est difficile à appréhender, tant les périmètres des compétences se sont modifiés chaque année, ce qui ne nous permet pas facilement de dire que le bilan de la mandature est bon et que nous pouvons nous projeter facilement.

Il s’agit en effet de construire un budget contraint par les décisions de l’Etat de nous maintenir dans une augmentation des dépenses de fonctionnement en dessous des 1,2%.

Au niveau fiscal, nous nous réjouissons du maintien des taux d’imposition, même s’il faut rappeler que la hausse sensible de la taxe d’aménagement handicape les ménages qui accèdent à la propriété par la construction de leur résidence principale, et il convient également de rappeler le fort pourcentage de nos ressources fiscales qui porte sur les entreprises (70%), en particulier sur les entreprises industrielles.

Au niveau des dépenses de fonctionnement, on peut constater peu d’imagination et d’innovation pour tenter de les diminuer, en dehors de l’acceptation par les communes de mutualiser et d’agir dans le cadre de l’éclairage public, par exemple.

Les ressources ne pouvant progresser d’une manière satisfaisante, cela nous impose pourtant de compresser nos dépenses…

Or, il n’apparaît pas explicitement cet enjeu dans votre présentation budgétaire pour renforcer encore notre capacité à investir.

Je ne reviendrai pas en détail sur le rapport de la chambre régionale des comptes, mais il sera important au début de la nouvelle mandature de redéfinir les aides apportées par la Métropole aux communes, et de mieux définir l’intérêt communautaire dans tous les domaines.

Ce budget comme les précédents, n’a pas été élaboré pour rendre plus équitable et plus juste les services rendus à toutes les populations de nos communes.

Et nous ne sommes pas en phase avec votre politique, lorsqu’elle est inéquitable et donc injuste.

Il importe toujours de rappeler à tous, au moment de la présentation du budget, que tous les investissements réalisés ou programmés par la Métropole, le sont avec l’argent des communes qui a été déterminé au moment du transfert de compétences.

Le vote du budget est un acte politique, et il exprime le soutien à une majorité qui élabore les grandes orientations budgétaires.

Je regrette, à l’instar d’autres Métropoles ou même d’autres EPCI de notre territoire, que nous ne cherchions pas à adopter le budget à la quasi-unanimité.

Cela aurait été possible si la gouvernance et le partage des pouvoirs, ainsi qu’une meilleure implication de tous les conseils municipaux dans la définition du projet métropolitain, avait été menés.

Or, nous sortons d’une période où seule une majorité éclatée et devenue incertaine et fragile a élaboré le projet métropolitain, qu’elle a bien du mal à évaluer et à défendre aujourd’hui.

Je rêve que ce budget soit le dernier que je ne vote pas, et si je suis réélu l’année prochaine dans ma commune, je souhaite que – quel que soit la future majorité de notre assemblée – nous puissions être très nombreux à le voter !