Ligne T4 – intervention de Pierre-Antoine Sprimont

OLYMPUS DIGITAL CAMERA conseil métropolitain du 23 mars 2016

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, cher collègues

Cette délibération sur la ligne T4 est présentée suite à l’enquête d’utilité publique de décembre. Le groupe d’opposition UDGR n’est pas contre de nouvelles lignes de transports en commun : mais pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix.

Cette enquête publique a permis d’obtenir, enfin, certaines données sur la pertinence supposée de la ligne T4 et sur ses conséquences avérées pour les Rouennais et les métropolitains.

J’ai la particularité de ne pas avoir de voiture, je me déplace à pied, à vélo en transport en commun. Je suis un très bon client des transports en commun de la métropole. Quand je regarde ce projet T4, je me dis que pour les écologistes, prendre une correspondance entre 2 bus est inenvisageable. Ce caprice coûtera 90 millions d’euros, le coût estimé de la ligne T4. Pour aller de Boulingrin au Zénith je prends le métro puis la ligne F1. J’y suis en 35 minutes. Mais j’ai pris une correspondance. Vous proposez dans l’annexe de cette délibération d’engager des millions supplémentaires pour relier l’arrêt boulingrin de la ligne T4 au CHU. En prenant le T1 vous y êtes en 2 minutes … mais avec une correspondance.

Ce projet n’est donc pas une nouvelle ligne de transport mais le duplicata de ce que nous avons déjà. A partir de là, les chiffres de fréquentation avancés pour justifier la ligne T4 sont à ce point exagérément optimistes qu’ils en sont mensongés. Un report modal de 15 % et une fréquentation de 20000 clients par jour avec un tracé qui calque en partie celui du tramway et de la ligne F1 est illusoire. Le commissaire enquêteur note (p.39) que « ces chiffres résultent d’une analyse prédictive très optimiste et qu’il faut les considérer comme des objectifs à atteindre ». Une pirouette sémantique pour expliquer que l’investissement n’est pas justifié. Ces chiffres qui justifiaient, a priori, l’investissement de 90 millions deviennent, a posteriori, l’objectif à atteindre. C’est du grand art.

Toujours sur ces chiffres, on se rend compte que les analyses de flux automobiles sur les futures voies restreintes se font sur la base de moyennes journalières sans tenir compte des pics de circulation. Les nouvelles voies automobiles ne permettront pas d’absorber les pics journaliers de circulation. Sur ce point le commissaire enquêteur écrit (P49) : « je suis d’accord que la réduction du nombre de voies de circulation automobile risque de générer des saturations aux heures de pointes mais je rappelle que la métropole s’inscrit dans un objectif de congestion maitrisée de la ville de Rouen». La congestion maitrisée du centre ville de Rouen sera due à une prévision non maitrisée des conséquences de la ligne T4.

Sur les conséquences de la ligne T4, des options très impactantes pour les Rouennais n’ont pas été évaluées. Dans le rapport initial, il est précisé que pour faire le lien entre le TEOR et la ligne T4 (c’est bien d’y penser), une déviation du TEOR par la rue Racine et le Bd des Belges serait envisagée. Pour gérer la congestion future des boulevards (sic) vous proposez de détourner le flot de véhicules dans des rues étroites et inadaptées à une telle circulation (rue Louis Ricard, rue Sainte Marie, rue Stanislas Girardin…). Il est dit dans le rapport d’enquête publique qu’un réaménagement de la rue Champs des Oiseaux et de la Rue Rochefoucauld est à prévoir car ces deux rues sont actuellement sous dimensionnées pour recevoir le futur flux d’automobiles détourné par la ligne T4. Dans le rapport d’impact du projet, les conséquences du flux automobiles détourné par la ligne T4 ne sont pas évaluées et leur impact sur le quotidien de ces riverains est ignoré. Dans le rapport fourni, vous rédigez tout un paragraphe pour nous dire que vous allez veiller au bien être des chiroptères. Il ne faudrait pas que ces petites chauves souris soient contrariées par la ligne T4 ! Mais rien n’est dit sur le bien être des riverains qui vont subir ce nouveau flot de véhicules sous leur fenêtre.

Plus globalement le bien être des métropolitains n’a pas été questionné. Sur les 800 avis déposés au commissaire enquêteur, 700 sont formulés par des Rouennais. Les autres villes de la métropole n’ont pas été suffisamment intégrées au projet. Par exemple qu’en est-il des habitants de Mont-Saint-Aignan? Ces métropolitains traversent quotidiennement le boulevard de la Marne et le boulevard des Belges (rue crevier). L’impact sur leurs déplacements n’est pas neutre. Après une journée de boulot, il faudra leur expliquer votre concept de « congestion maîtrisée ».

L’argument souvent avancé par les écologistes que le nouveau boulevard des Belges rendra plus perméable la circulation piétonne entre les quartiers ouest et le centre ville n’est plus mentionné. En effet, cet argument ne tient plus. Au lieu d’avoir 6 voies voitures sur les boulevards, nous auront 4 voies voitures et deux voies Bus, avec les mêmes passages piétons donc la même rupture urbaine.

Le projet de la ligne T4 va supprimer 330 places de stationnement soit 8 % des emplacements payants de la ville de Rouen. Qu’est ce qui est fait pour les habitants de ces quartiers qui auront plus de mal pour se garer ? Qu’est ce qui est fait pour les entreprises implantées dans ces quartiers qui auront plus de mal à recevoir leur clientèle ? La réponse qui consiste à leur dire de se rabattre sur les parkings payant de l’hyper centre, et donc loin de leur domicile, est méprisante et contribuera à congestionner un peu plus le centre ville (mais de façon maîtrisée).

Nous jugeons que le contournement « est » est un équipement préalable et indispensable à toute réduction de voies automobiles dans le centre de Rouen. Vous avez d’ailleurs souligné dans la délibération 16 que ce contournement permettra de soulager Rouen du passage d’un fort trafic routier de transit en particulier de poids lourd. Et bien dans les 30 pages de rapport de cette présente délibération censées nous rassurer sur une vision d’ensemble cohérente du schéma de déplacement métropolitain, il n’est jamais mentionné le contournement « est ». Cela donne l’impression que le projet T4 a été concédé à une poignée d’élus à qui il faut bien faire plaisir pour obtenir leur soutien. Un soutien à 90 millions d’euros.

Une association a proposé un trajet alternatif de la ligne T4 qui se rapprocherait de la future gare rive gauche. Jusque là c’est du bon sens. La réponse du commissaire d’enquête publique est surprenante (P 72) : « Le tracé d’une ligne T4 qui passerait sur le site de la future gare n’est pas réaliste pour l’instant, l’installation d’une nouvelle gare dans le secteur St Sever étant bien incertaine en terme de faisabilité ». Quelle interprétation donner à ces propos ? D’ailleurs votre présent document ne mentionne pas explicitement la gare Saint Sever.

Est-ce une façon d’avouer que vous n’avez pas de vision prospective des transports sur la métropole ?

Est-ce une façon d’avouer que vous fonctionnez par projet indépendant, sans schéma directeur global (c’est le cas entre le contournement « est » et les tenants du projet T4) ?

Ou est-ce une façon de dire qu’il n’y aura pas de gare à saint Sever ?

Vous l’avez compris, le groupe UDGR est très critique à l’égard de ce projet T4.

Le groupe UDGR n’est pas contre de nouvelles lignes de transports en commun : mais pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix. C’est pourquoi nous voterons contre cette délibération.

Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, chers collègues, merci de m’avoir écouté.